Un zèbre au Sahara :)

 

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LE VOYAGE DE CHRIS AU " PAYS DE LA SOIF "  

(Article paru sur la Dépêche du Midi du dimanche 9 juin 2002 )

 

A l'âge de 22 ans, cet électronicien toulousain avait voulu tester l'une de ses inventions en traversant le Tanezrouft.

 

Les vents de sable ont depuis longtemps effacé toutes les traces de son passage. De sa traversée du désert, en 1982, il ne lui reste que les souvenirs. Comme de lointains mirages. Aussi, Chris Saunier a-t-il pris la plume pour raconter son Sahara.

Aucun éditeur n'a encore voulu de ce récit d'aventure. Jugé trop in-croyable, peut-être. Il l'est. Avec le recul, Chris Saunier se demande même comment il est ressorti vivant du Tanezrouft, cette région désertique du Sahara appelée « le pays de la soif ».

Dans le livre qu'il s'apprête à publier à compte d'auteur, il raconte comment il a pu survivre à la chaleur, aux vents de sable et aux cobras : « Il fallait être inconscient », dit-il. Avoir la baraka.

 

Chris Saunier a intitulé son livre « Un zèbre au Sahara ».

Le zèbre, ce n'est pas lui, mais la voiture rayée de blanc et de noir qui lui a permis d'aller en Algérie. Mais, lui, quand même, est un drôle de zèbre.

Chris Saunier a 42-ans. Blond aux yeux bleus, visage émacié, comme dévoré par une passion. L'homme est un fou d'électronique, d'informatique. Gamin, il avait du Géo-Trouvetout en lui. Cancre à l'école, il passait le plus clair de son temps dans le grenier de la maison familiale, près d'Orléans, et il bricolait. A onze ans, il mettait au point son premier moteur électrique avec un fil de cuivre bobiné autour d'un aimant. Il inventait un générateur de rayon X. Il avait équipé son vélo d'un lecteur de cassettes, trafiquait les flippers avec un allume-gaz pour avoir des parties gratuites. A manqué trente fois de faire sauter la maison lorsqu'il s'est intéressé à la chimie. Aussi est-ce avec un vif soulagement que sa mère le voit partir en vacances, ce mois de septembre 1982. Il a 22-ans. 

 

Sa dernière trouvaille l'excite au plus haut point. « J'avais conçu un système que je trouvais génial. Des capteurs que j'avais installés sur ma voiture, couplés à des micro-contrôleurs et un ordinateur, devaient me permettre de me localiser n'importe où sur le globe. Seulement voilà, il fallait que je teste ma trouvaille. Le Sahara me parut être l'endroit idéal ».

Chris Saunier avait passé de longs mois à équiper sa veille Simca 1100, achetée 3.000F, pour l'aventure. Placards bourrés de batteries et de jerrycans. Capot doublé de plaques en inox, puissant système de ventilation, harnais de sécurité, fauteuil d'avion militaire, cric fixés sur le châssis, vérins électriques, ordinateur désossé et arrimé au plafond : « La voiture était aussi discrète qu'un éléphant avec des palmes », reconnaît-il. 

Et il embraye pour l'Afrique, le Maroc, Marrakech, Ouarzazate, et le désert vers la Mauritanie et l'Algérie. « A l'époque, je n'avais pas beaucoup d'argent, et pas de papiers. Alors pour éviter la douane, et surtout pour tester mon système de navigation, j'évitais les pistes ». Chris Saunier s'est donc lancé à l'assaut des dunes. Cap vers le Sud. 

 

Le soleil, et les premiers effets de la soif. La gorge sèche, les poumons qui brûlent et la tête qui tourne. Chris Saunier avait installé sur le toit de sa voiture un système de récupération de rosée... De quoi remplir un demi-verre d'eau au petit matin. Il expérimenta aussi une autre méthode. Creuser un trou dans le sable, placer un bol au centre. Autour, disposer de la matière vivante, cactus, bois, serpents morts. Recouvrir avec une toile plastique. Le soleil et l'effet de serre suffisent, explique-t-il, à faire condenser des gouttelettes d'eau, et à remplir le bol. Son instinct de survie, Chris Saunier va de nouveau le mettre à l'épreuve dans la vallée des Serpents. Il suit, en voiture, un groupe de dromadaires qui va chercher l'ombre dans un long couloir de sable. Au fur et à mesure qu'il roule dans ce défilé, il aperçoit des ossements. Sa voiture s'ensable. Il s'arrête au milieu de ce paysage surnaturel. Et puis soudainement, une vipère à corne fonce droit sur lui. Il la tue d'un coup de pelle. Le soleil commence à décliner. Les dromadaires se pressent pour trouver de la fraîcheur. En l'espace d'une seconde, la scène tourne au cauchemar. Les bêtes se mettent à blatérer. Entre les pattes des dromadaires, le sol se met à frémir. Des serpents jaillissent du sable par centaines. Les fennecs partent en courant. C'est la curée. Les vipères assaillent les dromadaires. Les animaux arrachent les serpents qui leur couvrent le corps avec leurs dents. Ils courent, la tête gonflée par le venin. Puis ils tombent. Les vipères s'introduisent dans la gueule des dromadaires et le festin commence. Dans sa voiture, Chris Saunier est pétrifié par l'horreur. Il attendra la nuit pour s'enfuir. « Ce qui m'a réellement étonné dans le désert, c'est l'agressivité des animaux. Ils se battent pour survivre ». Une rencontre avec un cobra, plus tard, le vaccinera contre la peur des serpents. Son autre frayeur, il l'aura dans le Tanezrouft. Une tempête de sable, qui avance à plus de 300km/h, va balayer sa voiture comme un fétu de paille.
Les vérins électriques lui permettent de désensabler. Dos au vent, la Simca 1100 résiste. « Le projet fantôme », un programme qu'il a mis au point dans son ordinateur, lui permet de calculer la courbe du terrain, et de se faufiler entre les dunes. Encore une de ses inventions.

Et avec un trombone, pourrait-il réparer une centrale nucléaire ? Chris Saunier sourit... « A l'époque, l'armée a été très intéressée par le système de navigation que j'avais inventé. Car il permettait de se localiser sans être repéré ». 

 

De retour à Orléans après son périple de trois semaines dans le désert, Chris Saunier a effectué son service militaire. Puis il a travaillé dans l'armement. 

Depuis 1990, il est installé à Toulouse. Il travaille pour une société informatique en liaison avec le Japon. 

Après le désert, c'est le pays du soleil levant qui l'attire. Comme un aimant.

 

Un zèbre au Sahara :)

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